Éloge de la mouche par Lucien, Auteur satyrique grec du 2e siècle.
- I -
(...) mais ses ailes, (...)sont formées d'une membrane dont la délicatesse surpasse autant celles des autres insectes qu'une étoffe des Indes est plus légère et plus m½lleuse qu'une étoffe de la Grèce. Elle est fleurie de nuances comme les paons, quand on la regarde avec attention, au moment où, se déployant au soleil, elle va prendre l'essor.
- II -
Son vol n'est pas lourd comme (....) mais elle plane avec grâce dans la région de l'air à laquelle elle peut s'élever. Elle a encore cet avantage, (....), mais qu'elle chante en volant, sans produire toutefois le bruit insupportable des moucherons et des moustiques, ni le bourdonnement de l'abeille, ni le frémissement terrible et menaçant de la guêpe: elle l'emporte sur eux en douceur autant que la flûte a des accents plus mélodieux que la trompette et les cymbales.
- III -
(...) Elle a six pattes, mais elle ne marche que sur quatre; les deux de devant lui servent de mains. On la voit donc marcher sur quatre pieds, tenant dans ses mains quelque nourriture qu'elle élève en l'air d'une façon tout humaine, absolument comme nous.
- V -
Pour prouver que son intelligence est loin d'être bornée, il me suffit de dire qu'elle sait éviter les piéges que lui tend l'araignée, sa plus cruelle ennemie. (...). A l'égard de sa force et de son courage, ce n'est point à moi qu'il appartient d'en parler, c'est au plus sublime des poètes, à Homère. (....); ailleurs, lorsqu'il nous peint Minerve détournant la flèche qui allait frapper Ménélas à un endroit mortel, (...), il a soin de faire entrer la mouche dans cette comparaison.
- VII -
Mais le don le plus précieux que lui ait fait la nature, c'est celui dont je vais parler: et il me semble que Platon a observé ce fait dans son livre sur l'immortalité de l'âme. Lorsque la mouche est morte, si on jette sur elle un peu de cendre, elle ressuscite à l'instant, (...). Aussi tout le monde doit-il être convaincu que l'âme des mouches est immortelle
- VIII -
La mouche, cependant, est paresseuse; elle recueille le fruit du travail des autres, et trouve partout une table abondante. C'est pour elle (....) que les cuisiniers assaisonnent leurs mets, dont elle goûte avant les rois sur la table desquels elle se promène, vivant comme eux et partageant tous leurs plaisirs.
- XI -
Il y eut chez les anciens une femme qui portait le nom de Mouche: elle excellait dans la poésie, aussi belle que sage. Une autre Mouche fut une des plus illustres courtisanes d'Athènes.
(...) Mais la tragédie elle-même parle de la mouche avec le plus grand éloge, quand elle dit:
Quoi! la mouche peut bien, d'un courage invincible Fondre sur les mortels, pour s'enivrer de sang,
Et des soldats ont peur du fer étincelant!
- I -
(...) mais ses ailes, (...)sont formées d'une membrane dont la délicatesse surpasse autant celles des autres insectes qu'une étoffe des Indes est plus légère et plus m½lleuse qu'une étoffe de la Grèce. Elle est fleurie de nuances comme les paons, quand on la regarde avec attention, au moment où, se déployant au soleil, elle va prendre l'essor.
- II -
Son vol n'est pas lourd comme (....) mais elle plane avec grâce dans la région de l'air à laquelle elle peut s'élever. Elle a encore cet avantage, (....), mais qu'elle chante en volant, sans produire toutefois le bruit insupportable des moucherons et des moustiques, ni le bourdonnement de l'abeille, ni le frémissement terrible et menaçant de la guêpe: elle l'emporte sur eux en douceur autant que la flûte a des accents plus mélodieux que la trompette et les cymbales.
- III -
(...) Elle a six pattes, mais elle ne marche que sur quatre; les deux de devant lui servent de mains. On la voit donc marcher sur quatre pieds, tenant dans ses mains quelque nourriture qu'elle élève en l'air d'une façon tout humaine, absolument comme nous.
- V -
Pour prouver que son intelligence est loin d'être bornée, il me suffit de dire qu'elle sait éviter les piéges que lui tend l'araignée, sa plus cruelle ennemie. (...). A l'égard de sa force et de son courage, ce n'est point à moi qu'il appartient d'en parler, c'est au plus sublime des poètes, à Homère. (....); ailleurs, lorsqu'il nous peint Minerve détournant la flèche qui allait frapper Ménélas à un endroit mortel, (...), il a soin de faire entrer la mouche dans cette comparaison.
- VII -
Mais le don le plus précieux que lui ait fait la nature, c'est celui dont je vais parler: et il me semble que Platon a observé ce fait dans son livre sur l'immortalité de l'âme. Lorsque la mouche est morte, si on jette sur elle un peu de cendre, elle ressuscite à l'instant, (...). Aussi tout le monde doit-il être convaincu que l'âme des mouches est immortelle
- VIII -
La mouche, cependant, est paresseuse; elle recueille le fruit du travail des autres, et trouve partout une table abondante. C'est pour elle (....) que les cuisiniers assaisonnent leurs mets, dont elle goûte avant les rois sur la table desquels elle se promène, vivant comme eux et partageant tous leurs plaisirs.
- XI -
Il y eut chez les anciens une femme qui portait le nom de Mouche: elle excellait dans la poésie, aussi belle que sage. Une autre Mouche fut une des plus illustres courtisanes d'Athènes.
(...) Mais la tragédie elle-même parle de la mouche avec le plus grand éloge, quand elle dit:
Quoi! la mouche peut bien, d'un courage invincible Fondre sur les mortels, pour s'enivrer de sang,
Et des soldats ont peur du fer étincelant!

